Faire évoluer les représentations entrepreneuriales des jeunes formés en contexte de précarité

Dernière mise à jour : 26 oct.



Paul OMANDJI

Responsable de l’Audit Interne (RAI) à la Direction Générale des Impôts de la R.D Congo

Docteur du Business Science Institute

(Thèse de DBA dirigée par Pr. Schmitt)


 

Introduction


Dans un contexte de taux de chômage élevé et de précarité, quelles sont les représentations entrepreneuriales des jeunes diplômés universitaires ? Quels sont les éléments qui expliquent lesdites représentations et les profils relatifs ? Comment aider ces jeunes diplômés à passer d’un entrepreneuriat de survie à un entrepreneuriat d’opportunité ?



Impacts de la recherche : principaux résultats


La recherche identifie dix-huit représentations catégorielles, cinq représentations collectives, un élément central et trois éléments périphériques qui expliquent les représentations entrepreneuriales des jeunes diplômés formés dans les Universités Congolaises. La recherche montre que les jeunes en situation de précarité ont une image positive de l’entrepreneuriat, mais leur mode de pensée entrepreneuriale reste davantage orienté vers l’entrepreneuriat de survie que vers l’entrepreneuriat d’opportunité.


La recherche fait émerger cinq profils de représentations entrepreneuriales des jeunes, à savoir ; (1) ceux qui sont entreprenants (débrouillards) et se croient entrepreneurs ; (2) ceux qui ont des capacités entrepreneuriales mais ne croient pas en l’entrepreneuriat ; (3) ceux qui croient au salariat et rejettent toute idée d’entreprendre ; (4) ceux qui croient en l’entrepreneuriat et rejettent toute idée du salariat et ; (5) ceux qui croient à l’équilibre salariat-entrepreneuriat.


Si certains jeunes se lancent, avec détermination, dans l’entrepreneuriat d’opportunité (activité à valeur ajoutée certaine), d’autres, en majorité, qui sont dans des activités informelles (activités de débrouillardise), se croient "entrepreneurs". Cette représentation, ancrée dans leur schéma cognitif, est expliquée par leur volonté de faire face à la précarité (élément central), leur faible capacité à se projeter dans les projets à long terme, la faible pédagogie entrepreneuriale des universités et la faible interaction avec les acteurs de leur écosystème entrepreneurial (éléments périphériques).


Aussi, je propose des axes d’intervention pour faire évoluer les représentations entrepreneuriales de ces jeunes afin que leur projet relève davantage de l’opportunité que de la nécessité. Ces grands axes d’intervention comprennent des actions à mener sur terrain auprès des parties prenantes à l’écosystème entrepreneurial des jeunes.



Fondements de la recherche


Ma recherche confirme et justifie la pertinence du paradigme qui soutient l’efficacité d’un accompagnement en amont de la création (Schmitt, 2015 ; Filion, 2008 ; Bourion, 2008). Grâce à cet accompagnement ciblé, l’entrepreneur peut faire évoluer ses représentations et passer de l’entrepreneuriat de nécessité à l’entrepreneuriat d’opportunité (Tessier-Dargent, 2014). Ma recherche confirme la théorie de Filion (2008) en démontrant que, quel que soit le contexte, l’acte entrepreneurial des jeunes est dicté par leurs représentations. Elle observe, comme Bourion (2008, p. 105) l’existence d’un « élément réveil » qui joue l’effet déclencheur de la décision d’entreprendre et dans le cas des jeunes diplômés congolais en situation extrême, c’est « la survie face à la précarité de la vie ».



Méthodologie


Ma recherche mobilise une méthodologie qualitative basée sur 40 récits de vie dans le but de faire émerger une théorie tirée des narrations. Le récit de vie est une forme particulière d’entretien au cours duquel un chercheur demande à une personne ci-après dénommée sujet de lui raconter tout ou une partie de son expérience vécue (Bertaux, 2005, p.11).


Cette méthode permet à la recherche de faire les liens entre le passé, le présent et l’avenir, d’analyser le sens des comportements des jeunes, de comprendre leurs représentations entrepreneuriales, et de les accompagner en vue de les faire évoluer. Les verbatim ont été analysés avec le logiciel Sphinx™, les résultats ont ensuite été discutés pour comprendre et théoriser le fait étudié.



Pour aller plus loin


  • Christophe Schmitt, La fabrique de l’Entrepreneuriat, Dunod, 2017.

  • Jean-Pierre Boisin et al., Mieux comprendre les représentations des étudiants dans le domaine de l’entrepreneuriat pour mieux adapter les programmes d’éducation, Revue de l’Entrepreneuriat, 2017.

  • Tessier-Dargent, Les paradoxes de l’entrepreneuriat de nécessité : Strapontin ou tremplin ? Revue Entreprendre & Innover, 2014.

  • Fabienne Bornard, Les liens entre représentation mentale et processus de création d’entreprise, Revue Internationale de Psychosociologie, 2012.

  • Louis-Jacques Filion, Les représentations entrepreneuriales : Un champ d’étude en émergence, Revue Internationale de Psychosociologie, 2008.

  • Christian Bourion, Les représentations entrepreneuriales, Revue Internationale de Psychosociologie, 2008.

  • Daniel Bertaux, L’enquête et ses méthodes, le récit de vie, Armand Colin, 2005



Mots clés


Profil entrepreneurial, Représentations entrepreneuriales, Entrepreneur de survie, Entrepreneur d’opportunité, Récit de vie, République Démocratique du Congo.




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